Lignées de Druides
Le syndrome de la lignée est fort répandu dans le monde du Druidisme contemporain, il s’agit d’un héritage que nous aurions, d’une manière ou d’une autre, et chacun de se targuer d’avoir la seule, la vraie, l’unique. Cela va sans compter ceux qui considèrent, avec force conviction que l’héritage des Druides est impossible car aucune ligne écrite ne le transmet.
Qu’en est-il vraiment, et nous qui nous présentons « druides, » qu’en pensons nous nous réellement. Qu’elle est notre lignée ?
Il est un fait que
La réalité de la descendance n’existe t-elle qu’à partir du moment où nous avons des traces de filiation, des registres ? N’existe t-elle pas tout aussi véritablement alors que l’homme ne sait ni écrire, ni lire ? Elle est tout simplement et elle transmet de l’un à l’autre quelque chose qui est de l’ordre de la vie, de savoir et de vouloir, vivre. Avec cet élan vital passe des croyances, des habitudes, des peurs, des courages, alors peut passer par divers canaux des tendances spirituelles, religieuses. Cela est d’autant plus vrai quand la croyance religieuse est un écho profond d’une attache à une manière d’être proche de la nature, de l’essence inconsciente de l’homme, ainsi du paganisme. Nous avons été des païens pendant bien plus longtemps que nous avons été catholiques. Quand deux mille ans marquent l’esprit de l’homme, ne peut –on penser que les quelques millions d’années précédentes, toutes païennes, ont elles aussi laissé une empreinte profondément ancrée ?
Dans la lignée du paganisme
Sans le savoir nos « vieux » nous ont légués tout un ensemble de « ça voir » par leurs contes et leurs manières de vivre, leurs mythes et leurs habitudes, qui plus que nous le fit croire la chaire des universités (de moins en moins frileuses il est vrai) et les pouvoirs religieux en place, restent emprunts d’un paganisme profond.
Ainsi nous sommes tous des « fils de païens », dans la lignée du paganisme, à un moment ou à un autre et ce souvenir inconscient, nourrit d’un inconscient collectif à la mémoire vivace, peut à un moment ou à un autre toucher une part de notre conscience. Si nous le voulons bien, s’il nous sied de l’être.
Dans la lignée du rebouteux
D’autres auront la mémoire plus vive, parce qu’éduqué par quelques vieux grignoux, détenteurs de vieux savoirs, souvent relégués à de la sorcellerie et autres pratiques magiques. Enfants de rebouteux, fils de forgerons, petite fille de conteurs, de tous ces laissés pour compte mais qui ont toujours veillé prêt des Hommes par leur connaissance. Si même est qu’ils ne savent pas quel en est le sens sacré, la magie opère encore un peu, dénaturée mais charmante. En tous cas, vivante.
Tout cela reste emprunt d’un souvenir, de quelques vieux gestes, quelques vieilles magies, issues des derniers païens de notre terre, les Celtes et leurs druides de prêtres.
A travers ces relents magiques nous pouvons souffler sur les quelques cendres et les voir renaître, comme chaque soleil à nos solstices d’hiver. Nous ne pouvons pas croire aux renaissances solaires sans croire aux renaissances des idées et des croyances.
Tout cela va de soi, mais il est arrivé un temps où tout doit passer par la preuve, et la soutenance, la démonstration analysée et le papier recouvert de lettres et de dates : l’esprit inquisitoire.
Imbibés des éducations cartésiennes et des cultures répressives de nos siècles derniers en matière de foi, de manières d’être, nos pères (car il s’agit essentiellement d’hommes) n’ont pu que souffler sur les braises d’un feu, tout en lui donnant un cadre correspondant à ce que leur esprit ne pouvait que concevoir, un héritage hiérarchique strict et reflet de la société du moment. Nous sommes en pleine renaissance druidique, avec ses fausses barbes, ses hyper Druides, et ses rites à secret. Le romantisme et l’aire victorienne sont passés par là. Comment pouvant nous reprocher à ceux là, de se mouvoir figés ? Comment ne pas voir le courage qu’il faut pour se tenir debout, « druide » ? Peut-on leur reprocher d’avoir osé, malgré qu’ils n’avaient pas tout ce que l’archéologie nous apporte aujourd’hui, tout ce que nos sociétés indisciplinées nous permettent.
Merci à ceux qui osent.
A cette époque l’archéologie sur la matière celtique n’est qu’un balbutiement de quête, financée par la politique récupératrice des mythes et la psychanalyse, exploratrice des âmes n’en est qu’à ces premiers essais.
Il faut trouver le lien, et comme on en trouve pas, on le rêve. Les nouveaux héros du romantisme se chargent des images et l’imagination fait le reste. Voici les Druides héritiers d’Atlantes, marchant de Compostelle à Vezelay. Aujourd’hui les Atlantes n’ont plus la cote, on leur préfère les extra terrestres, mais cela permet d’aller chercher ailleurs une « sagesse » que ne semblent pas avoir nos pauvres ancêtres barbares vivant dans des huttes sur la terre gauloise.
Tout un mouvement druidique est nourrit de ces croyances, faisant venir le Druide d’ailleurs, toujours plus loin. Cela peut-être d’Egypte, du Pôle Nord, d’Inde, d’Atlantide.
Je n’y crois pas, mais cela suffit –il pour certifier que ce n’est pas vrai ?
Couchée sur la terre, sous les chênes vieillis, je ne peux pas dissocier le Druide de ce chêne, de ces noisetiers, qui hantent ses croyances et sont si moulés, tissés dans les sources et les règnes qui dessinent les pagus.
Sont arrivées les nouvelles découvertes archéologiques qui ne font plus des Celtes des hordes de colons, les savantes jonctions des peuples, les subtiles croyances mêlées aux lieux, aux us et aux coutumes. Quelques sages esprits osent enfin, faire le lien entre les radotages des vieux au coin des cheminées, et les anciens ragots des mythes de l’Irlande. Jusqu’à nous proposer un fils tenu, serré, un héritage fort entre ces très vieilles cavernes hantées de chaman(e)s dansants et ces derniers Druides des Gaules.
J’y crois, mais cela suffit –il pour certifier que cela est vrai ?
Tout un mouvement druidique est nourrit de ces croyances, faisant du Druide le prêtre magicien, dans la lignée des chamans ancestraux.
Et par ce biais se retrouve tout un lien à la terre, au pagus oublié, à l’ombre des Déesses dont les désirs ne se voilent plus d’une honte de femme.
Les approchent psychanalytiques trouvent un écho certain dans ces approches spirituelles, qui savent bien que la lignée passe aussi par l’âme, par l’autre monde. Les termes de synchronisité, d’inconscient collectif, de mémoire du corps, de secret transmis par le silence, ne sont que des modernités pour des croyances de l’homme, en toute éternité. Croire que l’autre monde est une île bienheureuse n’est qu’une même et belle image pour ce bout d’inconscient qui sait nous inspirer, nous guider, nous rendre libre d’être nous même, dans le cadre sûr et transmis de nos croyances anciennes transmises et donc traditionnelles.
Et si l’on me demande qu’elle est ma lignée, je dirais, celle de ceux qui sont sincères dans leur foi, celle de ceux qui osent, celle de ceux qui respectent ce qui leur est transmis, par le chant, par la danse, par la mémoire du monde.